MONUMENTS DE REFERENCE

 

        La maison blanche : En 1792, le secrétaire d’Etat, Thomas Jefferson lance un concours pour la construction de l’édifice destiné à abriter la présidence. James Hoban (1758-1831), architecte irlandais, remporte le concours, contre sa volonté : il dirige le chantier de la résidence jusqu’en 1801. Jefferson, devenu à son tour président, le licencie aussitôt : il fait modifier les lieux par l’anglais Benjamin Latrobe (1764-1820). Mais, en 1814, le bâtiment à peine achevé est incendié et ce sinistre est l’occasion d’une restauration qui transforme l’édifice d’origine et qui prélude à d’innombrables autres métamorphoses.

         Le projet de Hoban a été retenu parce qu’il ménage la présidence et le Congrès. Le plan reprend, en l’agrandissant considérablement, le modèle du manoir à la fin du XVIIIème siècle prisé par les grands propriétaires de Virginie. L’édifice, formé, au-dessus d’un soubassement, d’un étage noble pour les pièces de réception et d’un second niveau plus petit réservé aux appartements privés, montre d’élégantes proportions. Il est mis en valeur par son décor : une balustrade cachant la naissance du toit ; quatre colonnes à l’antique portant un fronton, au centre de la façade ; des portiques, au nord et au sud, touche classique supplémentaire, ajoutée entre 1824 et 1829, d’après un projet de Jefferson mais bien après la retraite politique de ce président. L’unique innovation de Hoban est l’implantation de salons ovales, espaces de prestiges inspirés de modèles français, dans la partie sud du bâtiment.

         Typique de l’univers américain, le goût du confort et du fonctionnel est manifeste. Les salons sonnent sur les jardins, au sud. L’accès aux pièces est rationnel : Jefferson, par souci démocratique, préfère à l’entrée monumentale du grand vestibule nord une entrée directe des jardins dans le salon Bleu par des « french doors », ou portes-fenêtres. Progressivement, à mesure que le pouvoir présidentiel s’impose, la maison blanche est transformée. Les bureaux envahissent la partie inférieure, destinée à l’origine aux communs, ainsi qu’une partie des appartements privés. Des annexes surgissent. Un étage supplémentaire est ajouté. Les projets de reconstruction se multiplient. De nombreux présidents se plaignent des rats, des risques d’effondrement des plafonds et d’incendie, voire de la présence de fantômes, tant le bâtiment craque, et même des maladies pulmonaires qu’on peut y contracter à cause de l’inconfort ! En dépit de restaurations menées en 1902 pour sauver l’édifice, le président Truman, en 1948, entreprend des travaux tellement considérables que le chantier est interdit à la presse ! Malgré toutes ces imperfections, la maison blanche reste un monument symbole de l’histoire et du présent des Etats-Unis.

 

 

 

 

Le Colisée : Pour abriter les combats de gladiateurs auxquels assiste un public de plus en plus nombreux, la Campanie (région du sud de l’Italie) invente, entre la fin du IIème siècle et le début du Ier siècle avant notre ère, un nouveau type d’édifice, l’amphithéâtre. Curieusement, Rome, très friande de ces spectacles, n’inaugure son premier amphithéâtre de pierre qu’en 80 de notre ère. En fait, Rome se méfie des théâtres et des amphithéâtres, qu’elle considère comme d’éventuels foyers d’agitation. Pendant longtemps, elle n’autorise que des édifices en bois, démontables. Enfin, en 72 de notre ère, l’empereur Vespasien décide de bâtir un amphithéâtre de pierre, digne de la glorieuse ville impériale. Au Moyen Âge, le voisinage de la statue colossale de l’empereur Néron lui vaut le surnom de « Colisée » (colosseum).

         Dressé en plein cœur de Rome, le Colisée se distingue par sa forme ovale, spécifique de ce genre de monument, et par sa masse imposante. Avec une hauteur de 48,50 mètres et des axes de 156 et 188 mètres, il possède une capacité de 50000 personnes. L’aspect fonctionnel de l’édifice, qui doit accueillir des foules considérables et assurer aux spectateurs, quelle que soit leur place, une bonne vision du spectacle, ne nuit pas à sa beauté comme le montre son élégante façade. Elle se compose de quatre étages. Les trois premiers, à arcades, sont ornés de colonnes couronnées de chapiteaux plats (ordre dorique romain), de chapiteaux à volutes (ordre ionique) et de chapiteaux à feuille d’acanthe (ordre corinthien), qui évoquent à chaque étage un système de l’architecture antique. Entre les arcades des deuxième et troisième étages s’élevaient des statues. Le quatrième étage, le plus haut, est percé de fenêtres rectangulaires et entouré d’une rangée de consoles en pierre. Celles-ci soutenaient les mâts en bois, glissés dans les trous de la corniche, auxquels était fixé le velum, toile filtrant le soleil. A l’intérieur, l’amphithéâtre est constitué par une arène ovale où se déroule le spectacle et par des gradins qui forment la cavea, où s’assied le public.

 

 

 

 

 

 

 

Le Castel Béranger : A l’extrême fin du XIXème siècle, le mouvement artistique baptisé Art nouveau trouve à Paris son plus original représentant en la personne de l’architecte-décorateur Hector Guimard (1867-1942). De cet homme, le paysage urbain de la capitale française a conservé principalement les entrées du métropolitain, édifiées selon ses projets entre1900 et 1904. Mais la réalisation qui a révélé Guimard à ses contemporains est le Castel Béranger, élevé au 16 rue La Fontaine, dans le XVIème arrondissement de Paris.

         Le nom de l’édifice provient du hameau Béranger, impasse qui délimite l’un des côtés de la parcelle. Ce « castel » est en fait un immeuble de rapport, commandé en 1894 par une riche veuve, Elisabeth Fournier. Les plans des appartements sont dessinés de sorte à procurer dans les pièces où se déroule l’essentiel de la vie domestique le maximum d’espace, d’air et de lumière (quitte à sacrifier les salles de bains, réduites à d’exigus cabinets de toilette). Sur la façade, la forme des ouvertures qui les éclairent est faite pour exprimer, en dépit de toute symétrie, la fonction des pièces : ainsi, les salles à manger sont ouvertes par de grandes verrières avançant par rapport à la paroi (bow-windows), et les escaliers signalés par l’échelonnement des fenêtres groupées qui les éclairent. La variété des matériaux de construction, polychromes, est également décidée non pas en fonction d’une considération purement esthétique, mais au regard de décisions financières et fonctionnelles. Il en résulte que la pierre de taille est réservée à la façade sur rue et aux parties recevant de fortes charges, alors que le reste des parois extérieures est en pierre meulière et en brique, matériaux « pauvres » laissés apparents afin de rendre visible les différents efforts structurels auxquels ils sont adaptés. Le même principe gouverne les aménagements intérieurs : ainsi, le plâtre recouvrant habituellement les plafonds est supprimé. Solives et hourdis constituant les planchers sont donc apparents, comme toutes les membrures métaliques du bâtiment – celles-ci étaient mises en valeur par l’ornement.

 

 

 

L’immeuble de la rue Vavin : « La maison de rapport, tout à fait curieuse, construite par MM. Sauvage et Sarazin, qui l’appellent « maison à gradins », annonce-t-elle une révolution dans l’art de bâtir ? Les architectes semblent, en tous cas, avoir trouvé une formule permettant de créer économiquement des immeubles de neuf ou dix étages, remplis d’air et de lumière, et disposés de telle sorte qu’ils prolongent des heures de soleil dans les rues où ils s’élèvent. »

         Ces quelques lignes du journal l’illustration, en 1914, disent assez le projet de l’immeuble construit rue Vavin, à Paris. Au début du XXème siècle, la tuberculose tue chaque année environ 12000 Parisiens. Les médecins savent déjà que le bacille de Koch, responsable de la maladie est détruit par la lumière solaire. Mais celle-ci fait défaut à la plupart des logements urbains. Certains quartiers insalubres et surpeuplées de la capitale française offrent une très forte probabilité à leurs habitants d’y contracter la tuberculose en dix ans.

         Pour lutter contre cette intolérable situation, les autorités mettent en place le premier programme national de construction d’habitations à bon marché (les H.B.M. qui deviendront plus tard les H.L.M.), des immeubles destinés à des résidents aux revenus modestes, et qui correspond à des normes convenables en matière d’équipement sanitaire, d’aération, d’ensoleillement et de surface. Les premiers chantiers sont ouverts, fort lentement, à partir de 1890 : l’architecte Henri Sauvage y participe. L’expérience qu’il acquiert en ce domaine le conduit à concevoir un type d’architecture fort nouvelle, parfaitement qualifiée par le terme d’« hygiéniste » : l’immeuble à gradins. Il s’agit d’un édifice en forme d’une pyramide, dont les étages, en retrait les uns par rapport aux autres, comportent chacun une terrasse afin de faire bénéficier les appartements d’un maximum d’air et de soleil. La conception des immeubles à gradins date de 1909 ; Sauvage dépose pour cette « invention » un brevet – fait rarissime en architecture -, en 1912, avec son associé Charles Sarazin. L’idée de faire breveter la maison à gradins montre l’attention que l’architecte porte à la rentabilité de la forme architecturale qu’il a mise au point : désormais, il sera impossible à quiconque de construire un immeuble de ce type sans payer des royalties aux deux français. La crainte de ne pas exploiter autant que dans un immeuble de type classique la surface disponible (puisque les étages, à mesure qu’ils sont plus élevés, sont d’une superficie moindre) dissuadera-t-elle les investisseurs, à une époque où le mètre carré, dans les grandes villes, est de plus en plus cher ? Sauvage et Sarazin plaident que l’affectation du volume central de l’immeuble à des activités commerciales sera un bon moyen de rentabiliser l’opération que sa forme en gradins permet de prévoir un nombre d’étages plus important que d’ordinaire et que la pente déterminée par les degrés successifs supprime en grande partie les ombres portées sur les immeubles en vis-à-vis et donc ne risque pas d’obscurcir la rue.